Né à Aix-en-Provence en 1980, Philippe Dardelet sort diplômé de l’ERG Saint-Luc, section narration (BD-Illustration), en 2008. Il vit et travaille toujours à Bruxelles. Artiste protéiforme il aime varier styles et techniques au gré des vents et des envies. Dessin, peinture, collage, sculpture et même tatouage, il a plus d’un tour dans son sac.

En 2011 il créé avec Cid et Vébé le collectif 33%, petite entreprise qui produit à un rythme effréné d’exquis cadavres aux couleurs explosives dans de complexes et sauvages compositions. Tout un programme qui ne l’empêche pas pour autant de se consacrer à sa production solitaire.

Au cours de ses rêveries de promeneur il glâne un peu de sa matière première. Des objets rouillés, laissés pour compte des fameuses puces de la Place du Jeu de Balle ou d’ailleurs, des objets usuels dédaignés, méprisés, qu’il recueille. Tel un Gepetto moderne il use alors de magie, leur offre la parole et en leur cœur décèle et révèle une poésie du quotidien. Brics et brocs bruts se combinent soudain en un savante chorégraphie rythmée de vis et de boulons et forment ainsi assemblés une galerie de personnages surréalistes, un bestiaire fantastique.

De ses flâneries plus lointaines, au Japon et au Népal, il collecte les clichés d’une obsession graphique. Entrelacs de câbles, lacis de fils électriques, son œil amusé se fascine pour les réseaux. Les utiles et logiques créations humaines aux dessins chaotiques sont reproduites à coup de pinceaux et de papiers journaux, ces reliques dépréciées sauvées de ses orientales échappées.

On retrouve ce même envoûtement pour le labyrinthe, haut-lieu d’opposition entre aspect anarchique et dessein maîtrisé, avec son second sujet de prédilection pictural, les arbres. Le fil d’Ariane que l’artiste suit est aussi fait de noeuds mais cette fois-ci sans intervention humaine: toujours d’après ses propres photographies, il partage la beauté détaillée des multiples ramifications qui transportent l’énergie vitale des racines aux feuilles. Branchages entremêlés, ombre et lumière, et des jeux de matière ici aussi sont l’autre expression de cette préoccupation sinon philosophique du moins plastique.

Enfin il use parfois d’autres astuces pour laisser sa trace. Sur des corps vivants, s’essayant depuis peu au tatouage, il dessine, pique et pose lignes, tâches et images. Sur des murs également, à Kathmandu, il collabore avec le collectif ArtLab et réalise au pinceau des fresques où se brassent les deux cultures, non sans rappeler l’univers déjanté de ses projets d’illustration ou de bande dessinée.

– T. Rocchia